MEDECINE ET ROBOTIQUE

MEDECINE ET ROBOTIQUE

REMPLACER LE TRAVAIL HUMAIN PAR DES ROBOTS? PAS SI SIMPLE

Retour sur Sedasys, le "robot anesthésiste" de Jonhson&Jonhson. L'exemple est emblématique. Conçu en opposition aux professionnels de l'anesthésie, il a connu un échec commercial retentissant aboutissant à son retrait du marché. Des professionnels de l'anesthésie analysent l'épisode dans la revue américaine Anesthesia/Analgesia. Une contribution riche d'enseignements dans le débat sur l'avenir de l'emploi. 

 

Sedasys est une machine capable d'administrer seule un médicament anesthésiant par voie intra-veineuse tout en assurant la surveillance des paramètres vitaux. En 2013, la Federal Drug Administration américaine délivrait une autorisation de mise sur le marché à destination des gastro-entérologues pour l'anesthésie des endoscopies digestives. La machine était annoncée capable de remplacer l'anesthésiste. Trois ans plus tard, Sedasys était retiré du marché pour échec commercial. 

Un échec prévisible. 

Echec de Sedasys: destinée ou mauvaise conception? s'interrogent les professeurs d'anesthésie B.Goudra et P. Mohinder Singh dans un article publié en février dernier dans la revue américaine Anaesthesia/Analgesia.  Ils attribuent le revers subi par le "robot anesthésiste" à trois défauts de conception.

Le premier est une erreur dans le choix du protocole d'anesthésie. La machine n'était pas programmée pour augmenter la dose de médicament anesthésique mais uniquement pour la diminuer en cas de surdosage. De sorte qu'en cas d'anesthésie trop légère,  le robot était bloqué. Il faut ajouter des temps d'attente programmés entre 2 injections de drogue anesthésique trop long, toutes les 3 min, alors que la plupart des procédures d'endoscopies digestives ne durent que 5 à 10 min. Certes, cette programmation permettait d'assurer la sécurité anesthésique mais elle n'était pas compatible avec une anesthésie de bonne qualité.

Le second défaut était aussi lié à la sécurité. Le robot était programmé pour délivrer une anesthésie dite légère à modérée. Or, le souhait des patients endormis pour une endoscopie digestive est de bénéficier d'une anesthésie profonde. Il existait donc d'emblée une discordance entre le souhait des patients et la prestation proposée.

La troisième erreur était la tentative d'évincer les anesthésistes. SEDASYS était un produit destiné aux gastro-entérologues, vendu pour remplacer totalement l'anesthésiste lors des procédures d'endoscopies digestives. L'équation était simple, le "robot anesthésiste" réduisait significativement le coût de l'anesthésie. L'intérêt financier de SEDASYS paraissait évident. Or, les gastro-entérologues ne sont pas formés pour gérer les complications de l'anesthésie générale. Ils ne pouvaient en assumer les responsabilités. Dès lors, l'appareil ne pouvait être programmé que pour une sédation légère qui ne donnait pas satisfaction aux patients. 

Qu'a-t-il manqué à SEDASYS pour emporter l'adhésion? 

Les 2 auteurs pointent la faiblesse des évaluations scientifiques préalables à la commercialisation. En 7 ans d'existence, dont 3 sur le marché, un seul essai clinique concernant SEDASYS a été publié! En l'absence de véritables études de terrain, le décalage entre le robot et la réalité hospitalière semblait inévitable. 

Un enseignement de portée générale

Les commentaires de B.Goudra et P. Mohinder Singh inspirent plusieurs réflexions.

Introduire un robot de service dans un milieu professionnel n'est pas le simple ajout d'un outil de travail nouveau à l'existant. Tous les observateurs s'accordent pour prédire de profonds changements d'habitude, voire de paradigme. Plus qu'une solution technique, le robot est un concept.

Il sera très difficile d'introduire des robots de service sans les avoir préalablement expérimentés dans des situations concrètes qui ne sont qu'un assemblage de détails maîtrisés des seuls professionnels de terrain. L'enjeu est d'apprendre à travailler avec le robot.

Bien que le propos soit tenu de façon péremptoire par beaucoup, remplacer des professionnels de santé par des robots n'est pas d'actualité, ni sur le plan technologique, ni sur le plan de l'organisation des soins, ni sur le plan des relations humaines.

La robotique de service peut être un atout formidable pour la santé. Le succès n'est cependant pas acquis d'avance. Il ne pourra se construire qu'avec les professionnels. 

 

Sur le même sujet, lire également:

ECHEC COMMERCIAL POUR SEDASYS, LE ROBOT ANESTHESISTE

 

Source: Goudra B, Singh PM. Failure of SEDASYS: destiny or poor design? Anesth Analg. 2017; 124: 686-687.

 

 

 


21/07/2017
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Comment WATSON est-il utilisé en médecine?

Troisième partie de notre série d'articles: WATSON PEUT-IL REMPLACER VOTRE MEDECIN?

 

Recherche fondamentale: aide à la recherche bibliographique.

La firme IBM a conduit 2 grands projets médicaux. Le premier avec le Baylor College of Medicine, faculté de médecine située à Houston au Texas. Il s'agit d'une étude rétrospective et prospective de recherche de kinase liée à la phosphorylation de la protéine p53(1). (La note 1 explique tous ces termes de façon simplifiée pour les lecteurs non médecins).

Il a été demandé à WATSON d'analyser la littérature médicale de 2003 à 2013. En croisant les informations et en établissant des corrélations, il a retrouvé 9 kinases capables selon lui de phosphoryler la protéine p53. Sur les 9, sept étaient déjà répertoriées comme phosphorylant la protéine p53. Ainsi, une relecture  de la littérature médicale existante par WATSON a permis de découvrir 2 nouvelles kinases qui étaient passées inaperçues. 

Le lecteur non médecin retiendra simplement que 2 composés chimiques ( les kinases) avaient déjà, par le passé, été identifiées dans des expériences. Elles avaient fait l'objet de publications médicales qui décrivaient leurs propriétés mais leur rôle dans la phosphorylation ( l'action chimique qui intéresse les chercheurs) n'avait pas été reconnue. WATSON, en relisant les articles, a détecté ces propriétés. Grâce à la méthode statistique décrite plus haut, il a pu établir que ces 2 composés chimiques avaient une forte probabilité de "phosphoryler". Des expérimentations  ont alors été menées  et ont montrées que les 2 phosphorylaient bien p53.

Le second projet a été conduit avec une grande firme pharmaceutique. Le but  était de rechercher parmi les molécules en possession de la firme celles qui avaient un potentiel de traitement du paludisme. WATSON a analysé la littérature médicale existante sur toutes les drogues pouvant avoir un effet sur le paludisme. Puis toutes les molécules de la firme ont été comparées aux résultats pour rechercher celles qui présentaient des similarités chimiques avec les traitements connus du paludisme. WATSON a identifié 15 candidates parmi les drogues de la firme. Le résultat a été obtenu en moins d'un mois. En parallèle, une équipe de 10 scientifiques a mis 14 mois à produire un résultat. Les 2 listes, celle de WATSON et celle de l'équipe de chercheurs, n'étaient identiques que pour la moitié des résultats. Ce qui signifie que la moitié des conclusions de WATSON n'a pu être retrouvée par l'équipe de chercheurs.

Ces 2 expériences nous suggèrent donc que WATSON peut aider la recherche bibliographique des chercheurs en leur donnant la possibilité d'analyser de grandes bases de données. Ils peuvent ainsi  établir des corrélations entre des résultats existants qu'ils n'auraient pu  découvrir autrement.

Médecine clinique: aide à la résolution de diagnostics difficiles

 Une autre utilisation médicale, très prometteuse, est le diagnostic difficile. Il y a encore peu d'expérience. Un cas clinique d'hématologie, résolu grâce à WATSON a été récemment publié. Une équipe  japonaise a rapporté le cas d'une femme de 60 ans atteinte d'une forme rare de leucémie. Cette patiente était traitée pour une hémopathie que ses médecins pensaient être une leucémie myéloïde chronique. Mais la rémission après chimiothérapie étant inhabituellement lente, les hématologues ont suspecté une forme rare de leucémie. Ils disposaient de la carte génétique de l'hémopathie. En effet, chaque patient bénéficie en début de prise en charge d'une analyse génétique qui permet d'identifier les chromosomes malades. Les médecins ont décidé de comparer les gènes identifiés chez la patiente à l'ensemble de la littérature médicale pour savoir si son profil génétique correspondait à une forme rare. Ce travail de comparaison a été réalisé par WATSON en 10 minutes. Le Pr Arinobu Tojo qui rapporte le cas estime qu'il aurait fallu 2 semaines de travail à son équipe pour réaliser cette recherche bibliographique. Le traitement a alors été adapté permettant une rémission complète. La patiente est sortie guérie de l'hôpital. Pour le Pr Tojo, il ne faut pas conclure que WATSON a sauvé la vie de la patiente mais indubitablement, elle a bénéficié du traitement adéquat plus rapidement que par les méthodes de recherche conventionnelles.

 

Dans la quatrième et dernière partie de notre série, à paraître courant Mars 2017, nous tenterons de répondre à la question posée: WATSON peut-il remplacer votre médecin? 

 

(1) La protéine p53 est une protéine dont l'action, au sein de la cellule humaine, protège de la cancérisation. Lorsque cette protéine est endommagée, la cellule dysfonctionne et peut évoluer vers un cancer. La phosphorylation est une réaction chimique qui aide la protéine à agir. La kinase est une enzyme, c'est-à-dire une protéine qui déclenche des réactions chimiques, ici la phosphorylation. Les cancérologues étudient la protéine p53 sous tous ses aspects: structure, rôle dans la cellule et modes de fonctionnement car sa responsabilité dans la survenue de cancers est majeure. Il s'agit donc d'un très important sujet de cancérologie. 

 

LES AUTRES ARTICLES DE LA SERIE

L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DE WATSON PEUT-ELLE REMPLACER LES MEDECINS ? (I)

L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DE WATSON PEUT-ELLE REMPLACER LES MEDECINS? (II)

WATSON PEUT-IL REMPLACER VOTRE MEDECIN?


19/02/2017
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LES 10 CHANGEMENTS TECHNOLOGIQUES IMPORTANTS POUR L'AVENIR DE LA SANTE

Klaus Schwab, président du Forum Economique Mondial (FEM), est l'auteur d'un livre intitulé La quatrième révolution industrielle. A la fin de cet ouvrage, il expose le résultat d'une enquête prévisionnelle réalisée par le FEM. Un total de 23 changements technologiques majeurs devraient nous parvenir dès les prochaines années. Tout comme internet et la téléphonie mobile depuis 2 décennies, ils devraient  apporter une profonde transformation de la société.

Parmi les 23 nouvelles technologies, nous en avons relevé 10 qui auront un impact direct sur la santé.  Nous  les   présentons dans le tableau synthétique ci-dessous.

Le tableau a été confectionné à partir des informations contenues dans l'ouvrage de K. Schwab. Notre présentation est strictement factuelle, sans commentaire surajouté. La numérotation des "changements" est celle de K.Schwab. 

Le lecteur peut se reporter au livre de K. Schwab pour des informations plus détaillées. 

 

 

 

Exemples existants

Fonctionnement

Effets positifs attendus

Effets négatifs 

potentiels

N° 1: technologies implantables

(tatouages "intelligents", pillules connectées..)

Pace maker et implants cochléaires

 

-Recueillir des données physiologiques et les communiquer par une connexion internet

 

-Délivrer un médicament placé sur le dispositif implanté

Améliorer les prises en charge médicales

Confidentialité de la vie privée

N°3: Une nouvelle interface: la vision

Lunettes connectées type Google Glass

Accès internet par la vision.

 

Inclut la réalité virtuelle ou augmentée

Améliorer les performances visuelles de professionnels de santé (ex: chirurgiens en cours d'intervention)

 

Améliorer les capacités des personnes handicapées

Détourne l'attention du sujet : peut provoquer des accidents

 

Mauvaise tolérance de l'expérience d'immersion qui peut être traumatisante

 

Augmentation des comportements d'addiction 

 

N° 4: internet portable

(vêtements et accessoires connectés à internet)

Apple Watch

Recueil direct de données physiologiques émanant du corps humain

Autogestion de sa propre santé

 

Bénéfices en termes de santé conduisant à une augmentation de la durée de vie

Confidentialité de la vie privée

N° 9

Maison connecté

 

Connexion internet permettant de rendre autonome les appareils de la maison (chauffage, lumière...)

Aide au maintien à domicile des personnes âgées et dépendantes

 

Réduction des coûts de santé

( réduction des durées  d'hospitalisation et du nombre de visites médicales)

Confidentialité de la vie privée

 

Sécurité du domicile possiblement menacée par une cyber-attaque

N° 13

Utiliser l'Intelligence Artificielle pour prendre des décisions

 

Machine capable de prendre des décisions seules

Avancées médicales et éradication de maladies

Menace sur l'existence de l'humanité

 

Augmentation des inégalités

 

Problèmes juridiques: qui est responsable en cas de problème?

N°14

Utiliser l' Intelligence Artificielle dans des  emplois de cols blancs

Robot Watson d'IBM  capable d'effectuer des diagnostics de cancer du poumon

 

 

Machine munie d'une intelligence artificielle capable de remplacer des emplois de cols blancs

 

 

Meilleure efficacité et réduction des coûts de certains emplois

 

 

 

Mise au chômage de certaines catégories professionnelles

N°15 Robotique

dans le secteur des services

1.1 millions de robots travaillant dans le monde

80% d'une voiture est aujourd'hui effectuée par un robot

 

Améliorer l'efficacité des chaînes de distribution

 

Améliorer la santé humaine, en particulier grâce à l'utilisation des données big data qui favorisent la recherche/développement

 

Destruction de certains emplois

N° 20 Imprimerie3D

 Implantation d'une vertèbre imprimée en 3D en remplacement d'une métastase chez un patient en 2014

Produire un objet comme on imprime un document aujourd'hui à partir d'un patron

Produire des organes artificiels qui remplacerait les greffes d'organes

Produire des prothèses de membres pour amputés

 

Permet une médecine personnalisée

Risque de production incontrôlée d'organes et de prothèses

 

Problèmes éthiques

N° 22 Designer Beings

"Concepteur d'être vivant"

 

Utiliser le séquençage du génome pour créer des êtres vivants

Améliorer l'efficacité des thérapeutiques médicales par une médecine personnalisée

 

Réduire et soigner les maladies génétiques

 

Disposer de moyens de diagnostic médical plus rapides, plus efficaces et moins invasifs

Risque d'interaction entre les génomes humain/ animaux et plantes

 

Mauvais usage des génomes par les gouvernements ou les sociétés privées

N°23

Neurotechnologie

 

Comprendre les mécanismes du cerveau et les utiliser pour agir sur l'environnement extérieur

Permettre à des personnes handicapées de piloter des prothèses de membres ou des fauteuils roulants par la pensée

 

Aider à contrôler les addictions, les comportements alimentaires

 

Mieux traiter les maladies neurologiques

Possibilité de voir décryptées les pensées: risque sur la vie privée

 

Faire disparaître les limites entre homme et machine


16/09/2016
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L'INFLUENCE DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE SUR LA SOCIETE DE 2030

En 2014, l'Université de Stanford en Californie a engagé une ambitieuse  enquête prospective  dénommée Etude 100 ans sur l'Intelligence Artificielle (IA) (1). Pendant 100 ans, un comité de pilotage va décrire les progrès de l'IA et son retentissement sur l'évolution de la civilisation humaine.

Le rapport 2015 de cette étude vient d'être publié en ce mois de septembre 2016. Après une description de l'IA telle qu'elle existe aujourd'hui, les auteurs nous livrent leurs prévisions pour 2030 en prenant comme point de référence l'évolution d'une ville nord-américaine.

Nous avons choisi de rendre compte de cette étude car le développement de la robotique professionnelle est indissociable de celui de l'intelligence artificielle.

Comme pour le précédent article LES 10 CHANGEMENTS TECHNOLOGIQUES IMPORTANTS POUR L'AVENIR DE LA SANTE, nous avons rédigé un compte-rendu neutre, sans commentaire personnel surajouté, centré sur les questions de santé.

Nous espérons donner au lecteur matière à réflexion sur ce sujet passionnant qui s'annonce déterminant dès les prochaines années.

 QU'EST-CE QUE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ?

Les auteurs proposent une définition de l'Intelligence Artificielle. "Il s'agit d'une science et d'un ensemble de technologies informatiques qui sont inspirées par les moyens mis en œuvre par les systèmes nerveux humains pour ressentir, apprendre, raisonner et agir, mais qui, typiquement agissent différemment".

 EVOLUTION DE LA SOCIETE ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Sur ce sujet, source de débats et d'inquiétudes, les auteurs expriment leur opinion: "contrairement aux prédictions sensationnelles de la presse populaire, les experts n'ont pas trouvé de raison de craindre que l'IA représente une menace imminente pour l'humanité". 

En effet, aucune machine réellement autonome, capable de se diriger elle-même n'a été développée à ce jour et aucune ne pourra l'être dans un avenir proche.

 Concernant l'emploi, leur opinion est que, dans le futur proche,  l'IA va remplacer des tâches mais pas des emplois entiers. Elle créera aussi de nouveaux métiers qui, à ce jour, restent difficiles à imaginer car ils n'existent pas encore.  Ils n'émergeront qu'avec la diffusion de l'IA.

L'IA viendra également améliorer de nombreux secteurs d'activité professionnelle et de la vie quotidienne : conduite automobile, enseignement, santé.

 Sur un plan plus général,  les auteurs interpellent l'engagement citoyen de chacun sur de possibles  conséquences négatives.  En effet, l'augmentation des capacités humaines pourrait induire des discriminations entre les différents segments de la société qu'il faudra prendre garde à éviter.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET SANTE

Les applications de l'IA en santé sont prometteuses: assistance à la décision médicale, monitoring et coaching des patients, dispositifs automatiques d'assistance au chirurgien et au patient, gestion des systèmes de santé.

 En se projetant en 2030, les auteurs nous disent que les tâches cognitives assignées aux cliniciens humains vont changer. "Actuellement les médecins sollicitent des descriptions verbales de symptômes de la part des patients consultants, et dans leur tête, confrontent ces éléments aux descriptions des maladies connues. Avec l'assistance automatisée, le médecin supervisera le processus, appliquant son expérience et son intuition à guider le système de recueil des données et évaluera le résultat donné par la machine intelligente."

 Au premier plan des innovations qui apporteront cet état de l'art: les dispositifs portables et les applications de recueil de données et d'aide à la délivrance médicamenteuse.

En deuxième, la robotique. La robotique chirurgicale se développera, dans la continuité de ce qui existe aujourd'hui; l'exemple le plus avancé étant le robot DA VINCI utilisé maintenant de façon routinière en urologie. Les robots de service font également leur apparition, encore limitée à ce jour, principalement dans la distribution d'objets.

 Les auteurs prévoient qu'à l'avenir, de nombreuses tâches soignantes seront aidées par la machine mais ne seront pas entièrement automatisées. Il existera donc une "augmentation" de la capacité humaine grâce à la machine mais l'humain ne sera pas remplacé.

Pour illustrer leur propos, ils prennent l'exemple de robots  de service qui pourront apporter des objets dans la bonne chambre mais ne pourront faire plus. Une intervention humaine restera indispensable pour les recueillir et les placer au bon endroit.

" De nombreux systèmes futurs vont impliquer une interaction intime entre l'homme et la machine et nécessiteront des technologies qui vont faciliter la collaboration entre les deux" concluent-ils.

 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET SENIORS

C'est le champ où le plus de bénéfices sont attendus. Les 3 domaines d'améliorations prévisibles sont les suivants:

- Qualité de vie et indépendance:

- systèmes de transport de personnes automatisés qui aideront à préserver l'autonomie

- système de partage d'informations qui aideront au maintien du lien familial

- présence de robots de service à domicile pour aider à la cuisine, à l'habillage, à la toilette

- Santé et bien-être:

- applications mobiles couplées aux réseaux sociaux qui enregistreront l'activité et pourront émettre des recommandations pour maintenir sa santé mentale et physique

- dispositifs de monitoring à domicile qui permettront de détecter des changements de comportement et pourront alerter les soignants

- médecine personnalisée qui aidera la prise en charge  des maladies multiples et la gestion des interactions médicamenteuses

 - Traitements et dispositifs médicaux

- Des dispositifs d'assistance à la vision et à l'ouïe permettront de réduire l'altération de ces 2 sens et favoriseront le maintien de la vie sociale

-la réhabilitation personnalisée et les soins à domicile diminueront le besoin de séjours hospitaliers

- les dispositifs d'assistance physique (déambulateurs intelligents, fauteuils roulants et  exosquelettes) étendront les possibilités d'activités des personnes infirmes

 En commentaire, les auteurs remarquent que toutes ces innovations vont créer de nouvelles questions ayant trait à la confidentialité de la vie privée intéressant différents cercles de personnes, amis, famille, soignants. De nouveaux défis émergeront également pour la société car elle devra satisfaire une population qui restera active et engagée, bien après l'âge de la retraite.

 CONCLUSION

Nous avons présenté de façon neutre les résultats marquants de l'enquête prospective " Intelligence Artificielle 100 ans" menée par l'Université de Stanford aux Etats-Unis. Toute sélection est naturellement partiale mais nous avons choisi de mettre en exergue les éléments qui nous paraissaient aptes à stimuler notre compréhension de l'avenir. Nous les commenterons dans un prochain article en essayant de comprendre leur signification pour notre futur proche.

 

(1)  https://ai100.stanford.edu/2016-report

 


12/10/2016
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L'intelligence artificielle est-elle l'avenir de la médecine?

 

 

L'Intelligence Artificielle (IA) investit le débat public, avec, pour principale et légitime préoccupation, la crainte d'un nouvel accès historique de chômage technologique. Pour bien appréhender cette discussion, il est nécessaire de comprendre le fonctionnement technique de l'IA et de s'interroger sur les transformations prévisibles des métiers. Ce dernier sujet recoupe celui de la ré-orientation professionnelle. A l'heure où IBM lance, à destination du monde de la santé, la vente de produits dérivés du système WATSON, il est intéressant de se poser ces 2 questions.

Les statistiques au cœur de la révolution de l'intelligence artificielle.

WATSON est machine de questions-réponses dotée d'une reconnaissance vocale. Comment fonctionne-t-elle?

Avant tout, elle est une grande bibliothèque, probablement la plus importante du monde. Une gigantesque base de données, dénommée corpus WATSON a été importée dans sa mémoire. Elle comprend la quasi totalité de la documentation numérisée existante en langue anglaise (livres, articles, encyclopédies..). Au sein du corpus général, il est possible de créer des corpus spécialisés. Concernant la médecine, de premiers corpus orientés vers la génétique et le cancer sont déjà opérationnels.

Dans cette bibliothèque, les bibliothécaires sont les algorithmes de calcul. WATSON est une gigantesque machine à calculer. Depuis environ 10 ans, la puissance des ordinateurs s'est accrue autorisant des opérations mathématiques et des calculs de probabilités sur un très grand nombre de données et à très grande vitesse.

Pour analyser une question, Watson utilise une centaine d'algorithmes en même temps. Un sujet est ainsi exploré dans plusieurs directions différentes. Les réponses possibles sont classées selon leur plausibilité. Si plusieurs algorithmes parviennent à la même conclusion, il est le plus probable que ce soit la bonne réponse.

En d'autres termes si vous demandez à WATSON de vous dire quelle est la capitale de la France, elle vous répondra PARIS non parce qu'elle le sait comme vous et moi mais parce qu'elle a calculé que PARIS était la réponse la plus probable.

L'utilisation de WATSON en médecine

Les premières évaluations médicales de WATSON ont fait l'objet de publications scientifiques répertoriées facilement accessibles sur INTERNET. Les usages publiés concernent exclusivement la réalisation de bibliographie. WATSON peut, en un temps record interroger l'intégralité de sa base de données et identifier les informations utiles.

En recherche fondamentale, 2 cas, l'un en cancérologie, l'autre en maladies infectieuses ont été rapportés. A chaque fois, la recherche bibliographique de WATSON a permis d'identifier des molécules dignes d'intérêt pour les chercheurs qui ont pu engager de nouvelles recherches de laboratoire et faire progresser leurs connaissances. En médecine clinique, une équipe d'hématologues japonais a relaté la résolution d'un diagnostic difficile de leucémie rare. C'est ce cas de figure, qui, probablement, a frappé l'imaginaire et interpellé l'opinion publique. En effet, l'intervention de l'IA dans le champ du diagnostic laisse prévoir sa présence au sein même du cabinet de chaque médecin dans un futur proche.

Pour répondre à certaines interrogations, rappelons que les résultats produits par WATSON nécessitent une exploitation, qu'il s'agisse de manipulations de laboratoires ou de décisions thérapeutiques. L'intervention humaine reste donc indispensable pour donner du sens aux actions de WATSON, actions elles-mêmes déclenchées par décision humaine.

Il est évident que si un système d'intelligence artificielle, WATSON ou l'un de ses concurrents, devenait accessible à chaque professionnel, il apporterait un immense progrès au travail intellectuel du quotidien. Le diagnostic difficile serait le premier à en bénéficier. L'une des plus grandes difficultés de l'exercice médical est le diagnostic différentiel. Une maladie se manifeste par des signes cliniques parfois trompeurs. Le retard et l'erreur diagnostiques sont les écueils que tout médecin veut éviter.  Interroger verbalement une encyclopédie interactive intelligente sera bien plus simple et plus pratique que la recherche internet par mots clefs. Il ne fait pas de doute que l'avènement de l'IA apportera plus de confiance et d'assurance dans l'exercice intellectuel de la médecine, au bénéfice de tous, patients et médecins.

Posons-nous les vraies questions

L'intelligence artificielle va transformer la médecine comme l'ensemble de la société. Mais il est erroné de créer une controverse autour du risque d'aliénation de l'humanité par des entités mécaniques. Cette hypothèse n'a aucun fondement scientifique réel. Au regard de sa pertinence, la place qu'elle occupe dans le débat public apparaît largement surdimensionnée.

La vraie préoccupation est l'avenir des métiers. Comprendre les nouvelles conditions pour s'adapter et ne pas tomber dans l'obsolescence, tel est l'enjeu. 


20/03/2017
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