MEDECINE ET ROBOTIQUE

MEDECINE ET ROBOTIQUE

ACTUALITE


Intelligence Artificielle en médecine: existe-t-il une "exception digitale" qui fausse les résultats ?

En 2016, Geoffrey Hinton, l’un des inventeurs des réseaux de neurones artificiels, affirmait qu’il ne faudrait que 5 ans à 10 ans à l’intelligence artificielle pour supplanter les radiologues. La déclaration a fait date et a influencé le débat public. A tel point, que certains se sont aventurés à demander la fin de la formation de médecins radiologues. 

Il est un fait que l’imagerie est le champ d’activité médicale le plus propice au développement d’algorithmes issus de l’apprentissage profond. Cette méthode d’apprentissage machine est à l’origine des succès spectaculaires obtenus par plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde. Depuis environ 3 ans, les annonces  de systèmes autonomes capables d’interpréter des images médicales avec « plus d’efficacité que des médecins expérimentés » se multiplient. 

 

Qu'en est-il réellement? C'est la question que s'est posée un groupe de radiologues de l'université de Séoul en Corée du Sud. Bien moins médiatisés que Geoffrey Hinton ou que les chercheurs de GOOGLE, ils se sont penchés sur la qualité scientifique des études impliquant l’IA en imagerie médicale. Ils ont examiné 516 articles publiés dans des revues scientifiques en 2018 et livrent leurs conclusions dans le numéro de mars 2019 du Journal Coréen de Radiologie. 

 

 

Quelles informations étaient recherchées à l'intérieur des 516 articles?

Les auteurs ont cherché à savoir si la méthodologie des études publiées en intelligence artificielle était en adéquation avec les principes scientifiques de la recherche clinique. 

Ils rappellent, dans leur introduction, que la validation d’une innovation peut se faire pour évaluer 3 effets potentiels: la performance diagnostique, l’effet sur le pronostic médical et l’efficacité sociale, c’est-à-dire le rapport entre les coûts et les bénéfices escomptés. 

En se référant aux règles habituelles de la recherche clinique, ils définissent les conditions que devraient respecter les chercheurs en intelligence artificielle médicale. Tout d'abord, il faudrait disposer, pour effectuer des tests de terrain, de données différentes de celles ayant servi à entraîner les machines. Ces données doivent être en nombre suffisant et devraient provenir de patients nouveaux, recrutés de façon prospective, dans des centres différents de celui qui a conçu le système d'IA. Enfin, elles doivent être représentatives des variations démographiques des malades et de la variabilité de leurs situations cliniques. 

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Les radiologues de Seoul se réfèrent à quelques règles fondamentales de la recherche clinique. Quelles sont-elles? 

 

Des groupes homogènes de malades

En recherche clinique, les patients sont sélectionnés pour participer. En effet, pour obtenir un résultat interprétable, il faut comparer entre elles des personnes comparables. Par exemple, si on veut tester un nouveau traitement anti-hypertenseur, il faut organiser une comparaison avec un ancien médicament entre  des groupes de malades qui se ressemblent. Toutes les personnes doivent bien entendu être atteinte d'hypertension artérielle. Mais certains éléments pourraient fausser les résultats: l'âge, le sexe, d'autres maladies comme le diabète par exemple. Pour que la comparaison soit fiable, les 2 groupes doivent comprendre la même proportion d'hommes et de femmes, de diabétiques etc. Ainsi, la recherche peut se faire dans des conditions proches de la réalité et donner des résultats fiables qui seront ensuite applicables dans "la vraie vie".

 

Etude prospective

Une étude prospective est une étude qui inclue des personnes sélectionnées. Elle s'oppose à l'étude rétrospective qui analyse les dossiers clos de malades déjà soignés. Pour étudier l'effet d'une technique médicale innovante ou d'un nouveau médicament, il faut organiser une étude prospective. Ainsi, il est possible de recruter les groupes homogènes dont nous avons parlé plus haut et d'organiser un suivi très précis des malades inclus. L'étude prospective est un élément essentiel de la fiabilité de l'évaluation de l'innovation en médecine. 

 

Etude multi-centrique

Une étude ayant lieu dans plusieurs centres. Une étude qui n'a qu'un seul centre comprend toujours un biais de recrutement, le premier d'entre eux est géographique. D'une ville à l'autre, vivent des personnes différentes. Le fait d'impliquer plusieurs centres permet de limiter ces biais de recrutement et d'augmenter les chances d'obtenir un groupe de personnes participantes représentatif de la population générale. 

 

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Les auteurs constatent que les chercheurs en intelligence artificielle s’affranchissent des règles de la recherche clinique et créent une véritable «exception digitale». En effet, les informaticiens évaluent la performance de leurs algorithmes à partir de données tests. Mais celles-ci sont extraites par sélection aléatoire à l’intérieur de la base de données qui a servi à entraîner la machine (Sur ce point, voir nos articles de la série "COMPRENDRE L'IA EN MEDECINE"). Il n’existe donc pas de validation extérieure, « dans la vraie vie », contrairement aux pratiques habituelles de la recherche médicale. 

 

Pour comprendre l'ampleur de ce phénomène, les radiologues de Séoul ont donc analysé 516 études publiées en 2018. Seulement 31, soit 6% avaient fait l’objet d’une validation extérieure. Mais aucune de ces 31 ne remplissait les conditions méthodologiques habituelles de la recherche clinique à savoir l’organisation d’une cohorte de suivi, le caractère prospectif et l’aspect multi-centrique. 

 

DISCUSSION DES AUTEURS

Leur analyse des 516 articles confirme ce que d’autres avant eux avaient détecté: la plupart des travaux publiés en IA pour imagerie médicale ont un faible niveau de preuves. Elles correspondent à des études de faisabilité technique et n’ont pas la méthodologie requise pour démontrer une efficacité dans le monde réel.

 



 

COMMENTAIRE  DE MEDECINE ET ROBOTIQUE

L'article des radiologues coréens est bienvenu. Ils montrent que le mouvement de l’intelligence artificielle médicale se fait à contre-courant des principes de la recherche médicale. Une "exception digitale" s'est constituée. Mais elle n'a aucune justification scientifique. 

La médecine est en effet une science biologique et sociale. Biologique, car le corps humain est un assemblage de cellules. Leur dysfonctionnement est à l'origine des maladies. Sociale, car la recherche médicale doit prendre en compte la diversité humaine. Pour cela, elle doit sélectionner des groupes représentatifs de la population générale. Tout phénomène observé chez un individu (par exemple l’effet d’un médicament ) est l’aboutissement de processus complexes au cours desquels cellules et organes interagissent avec leur environnement. Il en résulte qu'en médecine, il est presque impossible d’obtenir un résultat d’expérience fiable si les tests ne sont pas effectués au plus près des conditions réelles. C'est la raison pour laquelle la recherche clinique est organisée autour d'une méthodologie stricte et contraignante. Le vivant a donc ceci de particulier, qu’une technologie ne peut y être introduite ex cathedra. On "n’implémente" pas  une technologie dans l’organisme comme on charge un logiciel. 

Ainsi, la répercussion médiatique des résultats des expérimentations d’intelligence artificielle médicale est totalement contre-intuitive. C'est ce qui a conduit les radiologues de Séoul à mener leur analyse. Comme ils le montrent, l’intelligence artificielle médicale en est encore au stade de l’étude préliminaire.

Il ne s’agit certainement pas de minimiser l'impact de la technologie sur la médecine. Mais, sous peine de subir les plus grands échecs, l’IA doit s'intégrer dans une démarche scientifique d’évaluation de terrain. Les compétitions spectacles, telle celle organisée en Chine l'an passé entre un groupe de radiologues et une IA qui s'affrontaient pour interpréter des scanners cérébraux ne peuvent en tenir lieu. 

Les échecs existent déjà. Le système d'intelligence artificielle WATSON d’IBM, qui a été annoncé en 2013 comme une révolution du diagnostic médical, ne s'est toujours pas implanté et est en grande difficulté commerciale. Cet exemple devrait encourager à davantage de mesure et, surtout, de réalisme, toutes celles et tous ceux qui prophétisent le remplacement rapide des médecins par des systèmes automatisés. Il est parfaitement irresponsable, comme cela a été fait récemment,  de réclamer la diminution du nombre de médecins en formation ou la suppression pure et simple de telle ou telle spécialité en se basant sur un niveau de preuves aussi bas. Prétendre que les médecins vont disparaitre prochainement pour être remplacés par une IA et que les malades seront soignés par des robots intelligents et autonomes est une absurdité. 

Avant de vouloir se projeter sur les effectifs et de produire des prédictions chiffrées toutes plus fausses les unes que les autres, il conviendrait de définir le portrait robot de la médecine du XXIe siècle. Comment sera-t-elle exercée? Quelles maladies rencontrera-t-elle? Concernant le futur de la profession médicale, tout au plus peut-on écrire que certaines tâches seront automatisées et que les médecins devront, à l’avenir, être plus polyvalents pour s’adapter. A ce jour, très franchement, il est difficile d’aller plus loin dans la prospective. 

 

REFERENCES

Article des radiologues de Seoul 

Design Characteristics of Studies Reporting the Performance of Artificial Intelligence Algorithms for Diagnostic Analysis of Medical Images: Results from Recently Published Papers par Dong Work Kim et Coll.

Design Characteristics of Studies Reporting the Performance of Artificial Intelligence Algorithms for Diagnostic Analysis of Medical Images: Results from Recently Published Papers

 

Sur la recherche clinique

L'article de WIKIPEDIA est très clair et bien renseigné

https://fr.wikipedia.org/wiki/Essai_clinique

 

Les rubriques du BLOG consacrés à l'IA médicale

COMPRENDRE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EN MEDECINE

 

LEXIQUE DE L'IA EN SANTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


05/06/2019
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UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POUR LIRE LES PENSEES?

Sera-t-il possible, un jour, de "lire les pensées» ? L’expérience publiée dans la revue Nature/Scientific Report en janvier 2019 par une équipe de chercheurs de New York, nous en rapproche peut-être. Mais, si les scénarios des films de science-fiction restent très éloignés, les interfaces humain /machine qui permettent de piloter des drones, des robots ou des ordinateurs par la pensée ainsi que les neuroprothèses d’aide à la parole pour personnes paralysées pourraient bien connaître d’intéressants progrès grâce à l'intelligence artificielle.

Essayons ensemble de comprendre  le travail des chercheurs et pénétrons l'univers passionnant de la "lecture de la pensée". 

 

QUELQUES INFORMATIONS PRÉALABLES POUR COMPRENDRE 

 

Qu'est-ce qu'un électro-encéphalogramme (EEG)? 

Le cerveau produit des ondes électriques qui correspondent à l'activité des cellules qui le composent: les neurones. Ces ondes existent en permanence, que ce soit pendant le sommeil ou en éveil. Il est possible de les enregistrer, c'est l'électro-encéphalogramme. Cet enregistrement est un examen médical courant très utilisé en neurologie et en médecine du sommeil.

Il existe plusieurs façons de le recueillir. La plus répandue est l'EEG dit de surface. Des électrodes sont placées à la surface du crâne. Le signal vient du cerveau et doit traverser la boîte crânienne pour atteindre l'électrode d'enregistrement. 

La méthode invasive consiste à introduire les électrodes d'enregistrement sous la boîte crânienne, à la surface où à l'intérieur du cerveau. Il s'agit d'une procédure de neuro-chirurgie utilisée pour traiter certaines maladies comme l'épilepsie résistante aux médicaments. Les chercheurs New Yorkais ont choisi une méthode invasive avec des électrodes placées à la surface du cerveau.

 

QUELLE A ETE L'EXPERIENCE REALISEE PAR LES CHERCHEURS?

L'étude a inclus 5 patients pris en charge en neurochirurgie pour ablation des foyers épileptiques dans le but de traiter une épilepsie résistante aux médicaments. Pour ce type d’intervention, les neurochirurgiens implantent des électrodes à la surface du cerveau. Les chercheurs ont capté le signal électro-encéphalogramme émis par ces électrodes pour réaliser leur expérience. 

 

Ce n’est pas la première fois que ce type d’expérience est organisé par des chercheurs qui s’intéressent à l’interface homme /machine. En effet, tout système de contrôle d'objet "par la pensée" (un drone, un robot, un ordinateur) repose sur la captation des ondes cérébrales et l'enregistrement d'un EEG. La présence de sondes dans le cerveau offre les meilleures conditions pour recueillir un EEG et par là, les meilleures conditions expérimentales. 

Rappelons, pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers des études cliniques que ce type d'expérience est strictement réglementé que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Chaque patient a signé un consentement d'inclusion dans l'étude. Par ailleurs, le cerveau, bien que centre neurologique, ne contient pas de récepteurs sensitifs. Il ne ressent donc pas la douleur. Dans ce type d'expérience, il n'y a pas d'intervention sur le cerveau. Les chercheurs se contentent de recueillir un signal EEG. C'est le signal EEG qui subit une transformation. L'expérience est donc sans risque médical et sans douleur pour les personnes participantes. 

 

L'expérience a consisté à faire écouter à chacun des 5 patients un texte lu par une personne extérieure pendant une durée 30 min. Pour être certain que le patient avait bien entendu, on interrompait la lecture à intervalle régulier et on faisait répéter la dernière phrase. 

Les chercheurs ont enregistré l’électro-encéphalogramme émis par le cortex auditif pendant l’écoute de la lecture. 

C’est à partir de cet enregistrement qu’ils ont reconstitué la parole. 

 

Evaluation de l'intelligibilité

Seulement une partie du texte écouté a été reconstruite, 8 phrases et des chiffres. L’intelligibilité de la parole reconstruite a été évaluée au moyen de tests objectifs  qui ont porté sur les 8 phrases et de tests subjectifs qui ont porté sur les chiffres. 

Evaluation subjective. Les chercheurs ont demandé à 11 personnes d’écouter la reconstruction des chiffres dans un environnement calme. Chaque chiffre était écouté une seule fois. Les personnes participantes avaient pour consigne, soit de reproduire le chiffre si il était compréhensible, soit, dans le cas contraire, d'indiquer qu’il n’était pas intelligible. Il fallait également donner le genre de l’orateur ou de l’oratrice. (Le texte écouté par les patients était lu par 4 personnes, 2 femmes et 2 hommes). Enfin, il fallait attribuer une note de qualité à la parole reconstruite sur une échelle de 1à 5.

Evaluation objective. Les chercheurs ont soumis les enregistrement à un algorithme de mesure de l’intelligibilité qui rendait une note comprise entre 1 (très mauvais) et 10 (très bien). Cet algorithme est utilisé de manière courante pour évaluer l’intelligibilité des technologies de synthèse de la parole. 

 

Principaux résultats 

Les chercheurs ont donc utilisé l’électro-encéphalographie invasive pour mesurer l’activité des neurones du cortex auditif de 5 personnes pendant qu’elles écoutaient un texte lu par d’autres. La reconstruction n’a pas été faite sur l’intégralité du texte mais sur des parties. L’évaluation objective a porté sur l'écoute de la reconstruction de 8 phrases (40 s au total) et l’évaluation subjective sur celle de 40 sons de chiffres de zéro à 9. 

4 méthodes au total ont été testées pour reconstruire la parole, dont 2 utilisant l'apprentissage profond. Parmi elles, c’est celle basée sur l’entrainement par apprentissage profond d'un vocodeur qui s’est avérée être la plus efficace. (Un vocodeur est un dispositif électronique de traitement du signal sonore utilisé dans les métiers du son). 

Evaluation subjective. Les performances des 4 méthodes étudiées s’échelonnent de 45 à 75% pour l’intelligibilité, la note de qualité de 2.1 à 3.4 /5 et l’identification du genre de l’orateur de 32% à 80%. Pour chacun de ces 3 résultats, la meilleure performance est obtenue par le vocodeur entraîné par deep learning. 

Evaluation objective. Elle confirme les résultats de l’évaluation subjective avec un résultat significativement de meilleur qualité pour le vocodeur entraîné par deep learning. 

 

Discussion des auteurs

Les auteurs mettent en avant les résultats suivants. Parmi les méthodes étudiées, celle basée sur le vocodeur entraîné par apprentissage profond a donné les meilleurs résultats. La qualité de la reconstruction est dépendante du nombre d’électrodes implantées dans le cerveau. 

Leur conclusion est la suivante. « Nous présentons un cadre général pouvant être utilisé par les technologies de neuroprothèses parlées et pouvant aboutir à des reconstructions intelligibles de la parole à partir du cortex auditif. Ceci peut représenter un pas vers la prochaine génération d’interface homme-machine et vers des moyens de communication naturels pour des patients souffrant de paralysies et de locked-in syndrome ». 

 

COMMENTAIRES DE LA REDACTION DE MEDECINE-ET-ROBOTIQUE

La récupération des ondes émises par l’activité électrique du cerveau pour interagir avec des objets technologiques fait l’objet d’un intérêt croissant. Les scènes de « lecture des pensées » de nos films de science-fiction vont-elles prendre vie prochainement? Plusieurs médias n’ont pas hésité à l’affirmer à la lecture de l'article de Scientific Report. La réalité n'est pas aussi spectaculaire mais il n'en demeure pas moins que les résultats acquis pas les chercheurs ouvrent de grandes perspectives, en interface humain/machine mais aussi et surtout en médecine. 

 

 Où en sont réellement les chercheurs?

Précisons, tout d'abord, si besoin était, qu'il n'y a pas eu, dans ce travail, de création d'un système d'IA autonome capable de lire les pensées. Cette interprétation de la recherche est fausse. Il ne s’agit que d’une extrapolation destinée à faire le buzz sur les réseaux sociaux. A cet égard, remarquons que les chercheurs n'en parlent à aucun moment  dans leur article. 

Nous avons reproduit leur conclusion. Pour les auteurs, l'étude a montré l’intérêt des techniques d’IA, plus précisément l’apprentissage profond, dans le traitement du signal EEG pour reconstruire la parole. Rien de plus. 

Ajoutons que l’expérience ne correspond pas à une lecture passive de l’activité cérébrale des sujets. Une tâche (l’écoute d’un texte) a été demandée aux participants. Cette tâche mobilise une zone unique et bien ciblée du cerveau, le cortex auditif. C’est assez différent de l’acte de penser librement par soi-même. Nous n’avons pas encore les moyens technologiques d’enregistrer à distance les pensées d’une personne et de les retraduire en paroles!

Cette recherche est, certes, une avancée scientifique et technique mais, à ce jour, il est très prématuré de parler de technologie aboutie. 

Il n’est bien entendu pas interdit de se projeter et d’imaginer les évolutions futures. A l’avenir, peut être, pourrons-nous lire les pensées. Mais affirmer que cela a été réalisé par cette étude est faux. Les chercheurs ont simplement montré que l'intelligence artificielle pouvait être efficacement utilisée pour améliorer les techniques actuelles d'interaction cerveau-machine.

Il reste maintenant à concrétiser cela dans des applications pratiques. 

 

Quel peut être l’avenir de l’interface cerveau-machine?

De premières applications sont déjà sur le marché. Il s’agit de casques qui permettent de piloter des objets robotisés par la pensée, des drones par exemple. Ils sont basés sur le même principe de recueil de l’EEG traduit secondairement en commande motrice. 

Mais les applications les plus intéressantes sont médicales. Ces recherches suscitent de grands espoirs pour le handicap. En effet, l'un des objectifs des chercheurs est d'aboutir à la production de neuro-prothèses qui permettraient de rendre la communication avec l'extérieur à des personnes paralysées ayant perdu l'usage de la parole mais qui s'entendent penser. Ces prothèses recueilleraient le signal auditif pour le retraduire en son parlé. Un enthousiasmant progrès médical en perspective!  

 

Référence

 https://www.nature.com/articles/s41598-018-37359-z

 

POUR COMPLETER SON INFORMATION

SUR LES INTERFACES CERVEAU/MACHINE:

Une synthèse datée de 2015 par les chercheurs de l'INSERM qui expose clairement les principes techniques

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/interface-cerveau-machine-icm

SUR LA RECONSTRUCTION DE LA PAROLE PAR EEG

En anglais et en accès libre.

Un article général de la revue Science  accompagné d'enregistrements audio de paroles reconstruites (dont un de l'étude que nous avons présenté).

https://www.sciencemag.org/news/2019/01/artificial-intelligence-turns-brain-activity-speech 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


21/02/2019
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MICRO-ROBOTS CIRCULANTS: UN TOURNANT POUR LA MEDECINE? PREMIERE PARTIE

Le journal Science Robotics a publié dans son édition du 22 novembre 2017, le résultat d'une série d'expériences menées conjointement par des chercheurs chinois et britanniques des universités de Hong Kong, Manchester et Edimbourg. Ils ont réussi à fabriquer des robots à partir d'une micro-algue qui a été recouverte de nanoparticules magnétiques. Ces Robots Magnétiques Bio-Hybrides, capables de circuler dans les liquides biologiques (sang, urine, liquide gastrique) sont facilement repérables par imagerie médicale, biodégradables et peu toxiques. Ils pourraient être utilisés pour réaliser du traitement ciblé, en particulier dans les cancers. De surcroit facile à fabriquer, ils pourraient être produit à large échelle à moindre coût. 

 

La possibilité de fabriquer des micro-robots médicaux téléguidés capables de circuler  dans le corps humain pour en atteindre les endroits les plus inaccessibles est à l’étude depuis plusieurs années. Mais les chercheurs étaient jusqu'à présent confrontés aux défis majeurs de la biodégradabilité et de la toxicité pour les organismes biologiques. Les auteurs annoncent avoir trouvé des solutions techniques qui pourraient bien s'avérer décisives et ouvrir la voie aux applications cliniques. 

Nous présentons et commentons cette recherche dans un article en deux parties. 

 

PREMIERE PARTIE: LE RESUME DE LA PUBLICATION DES CHERCHEURS.

Comment est fabriqué le robot ? Comment fonctionne -t-il? 

 

LA COMPOSITION DU ROBOT

Pour fabriquer le robot, l’équipe de recherche a transformé une algue, structure biologique, en corps magnétique. L’expression robot bio-hybride a été choisie pour le dénommer car il associe 2 composés, l’un vivant et l’autre minéral.

La première minute de la video ci-dessous nous le montre en mouvement dans de l'eau lors d'une expérience de laboratoire. Comme on peut le voir il a la forme d'un petit vers, d'environ 100μm.

 


 

 

 

LE COMPOSE VIVANT: LA MICRO-ALGUE Spirulina Platensis. 

Les chercheurs en cancérologie connaissent déjà cette micro-algue car elle contient un composé capable de tuer les cellules dans la leucémie, le carcinome à petites cellules ou encore l'adénocarcinome du colon. Cette toxicité de la micro-algue est spécifique, c’est à dire qu’elle agresse les cellules cancéreuses sans endommager les cellules normales.  

L’algue possède 2 autres propriétés intéressantes exploitées par les chercheurs. Elle est naturellement fluorescente, ce qui permet de la repérer facilement par imagerie médicale. La taille de son corps peut être modifiée et ajustée pour répondre au mieux aux impératifs de la fabrication du robot. 

 

LE COMPOSE MINERAL: LA MAGNETITE ( FORMULE: Fe3O4)

Pour fabriquer le robot, les chercheurs ont enduit les algues de nanoparticules de Fe3O4. Elles se lient aux molécules biologiques de surface sans altérer leur structure. La magnétite capte l’énergie magnétique, transformant l’algue en petit robot téléguidé. 

 

Le Fe3O4 est neutre biologiquement, c’est à dire qu’il est peu agressif pour les cellules humaines. Ses propriétés permettraient aussi d’ajouter de petites structures capables de se lier à des molécules pharmacologiques. La fonction du nanorobot pourrait ainsi évoluer vers la thérapeutique ciblée. 

 

 

NANO PARTICULE : particule de diamètre inférieur ou égal ( pas plus grand ) que 10- 9 m = un mètre divisé par 1 milliard 
MAGNETISME. Propriétés physique des aimants. Utilisé en médecine pour faire de l’imagerie par résonance magnétique ( IRM). Elle possède un grand pouvoir de pénétration au sein du corps humain et peut être transmise au robot sans fil, raison pour laquelle elle a eu la préférence des chercheurs parmi les autres choix énergétiques à leur disposition. 

 

QUELS ETAIENT LES PROBLEMES A RESOUDRE POUR LES CHERCHEURS? 

Premièrement, pour naviguer dans les liquides biologiques, il est nécessaire de pouvoir suivre le déplacement du robot en temps réel. Pour cela il faut disposer de procédés d’imagerie médicale non invasive. Les chercheurs ont utilisé l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) et la fluorescence naturelle de l’algue Spilurina Platensis. 

Deuxièmement, ces robots doivent être biodégradables c’est-à-dire, soit s'auto-détruire, soit être éliminé par l’organisme sans causer d’effets secondaires. 

Troisièmement, l’essaim de micro-robots doit pouvoir circuler dans le corps sans endommager les cellules normales. 

 

COMMENT DEPLACER LE MICRO-ROBOT ? 

Son mouvement est hélicoïdal. Il ne se déplace pas seul mais en grand nombre sous forme d'essaim de près d’un million de robots. 

L’essaim est piloté grâce à un aimant placé à distance du corps de l'animal. Les caractéristiques physiques du champ magnétique envoyé à l'essaim sont déterminées avec précision selon les propriétés magnétiques du robot, sa taille et sa forme. Pour la bonne compréhension des expériences présentées ici, il faut souligner que le champ magnétique qui mobilise le robot n'est pas le même que celui utilisé pour faire l’Imagerie par Résonance Magnétique. 

 

LE DEPLACEMENT AU SEIN DES LIQUIDES BIOLOGIQUES

Les chercheurs ont obtenu des résultats in vitro très satisfaisants dans plusieurs liquides biologiques: eau, sang, liquide gastrique, urine, huile de cacahuète visqueuse. 

Mais seul le liquide gastrique a été testé in vivo chez le rat. Le robot est superparamagnétique, ceci veut dire qu’il cesse d’être magnétique lorsqu’on arrête le champ énergétique. Ainsi, les robots ne peuvent pas se regrouper et former des conglomérats qui viendraient obturer les vaisseaux sanguins et provoquer des accidents médicaux, ce qui est essentiel pour assurer la sécurité de futures applications cliniques.    


 

IN VITRO ET IN VIVO

IN VITRO: expériences réalisée en milieu artificiel, en laboratoire

IN VIVO: expériences réalisées dans l'organisme vivant


 

 

COMMENT ONT ETE CONDUITES LES EXPERIENCES DE DEPLACEMENT ? 

Les expériences de télé-guidage ont été menées dans l'estomac chez le rat, en laboratoire. A ce jour, il n'y a pas eu d'essai chez l'être humain. 

Après l’avoir introduit dans l’estomac du rat, les chercheurs ont repéré l’essaim par IRM. Ils ont choisi de lui faire traverser l’estomac jusqu'à la zone sous-cutanée recouvrant le ventre de l’animal. Pour cela ils ont appliqué un champ magnétique depuis un aimant situé à proximité. 

Deux imageries à 5 min et 12 min ont été réalisées. Elles ont chacune repéré l’essaim à la position voulue. 

Les chercheurs ont cependant tenu à prouver que le déplacement était bien provoqué par le champs magnétique externe. En effet, d’autres causes aurait pu faire bouger le robot, le mouvement naturel du tube digestif - ou péristaltisme- par exemple. 

Pour le vérifier, ils ont introduit un essaim de robots dans un groupe contrôle, sans appliquer de champ magnétique. L’essaim n’a pas bougé leur donnant la preuve recherchée.

Les auteurs ont ainsi pu conclure qu’il était possible de propulser un essaim de robot bio-hybride au travers d’un estomac de rat et de suivre son déplacement par imagerie par résonance magnétique. 

 

LA BIO-DEGRADATION. 

Elle est dépendante des propriétés de Fe3O4 et du temps mis à enduire l’algue. Les temps sont choisis en fonction de l’application voulue: imagerie, thérapeutique..

Les temps de dégradation décrit dans les expériences vont de 24 à 72 h mais certains micro-robots persistent jusqu’à 168h si l’enduit est trop épais. 

 

LA TOXICITE DU ROBOT-BIOHYBRIDE ENVERS LES CELLULES CANCEREUSES

Dans les expériences menées par les chercheurs, le robot a été mis en contact avec des cellules humaines normales ( fibroblastes) puis avec des cellules de cancer du foie et de l’utérus. La cytotoxicité s’est avérée faible pour les cellules normales avec 80 % des cellules viables à 48h et élevée pour les cellules cancéreuses avec, à 48h d’exposition,  10% de survivantes dans le cancer du col de l’utérus et 50% dans le cancer du foie. 

Le robot étant composé de l’algue et de magnétite (Fe3O4), il était important de vérifier la provenance de la toxicité. Les chercheurs ont donc mené des expériences avec Fe3O4 seul. La toxicité de celui-ci est apparue marginale. C’est donc bien l’algue qui est toxique pour le cancer. Mais ces effets cytotoxiques apparaissent moins importants si la couche de Fe3O4 est plus épaisse. 

La toxicité de l’algue Spirulina Platensis envers les cellules cancéreuses est en fait déjà connue des scientifiques. Elle est provoquée par l’un des composants de sa membrane corporelle dénommé C-phyocyanine. Il interfère avec des mécanismes biologiques qui n’existent pas dans la cellule normale, entraînant  la mort des cellules cancéreuses tout en préservant les cellules normales.  

 

SUITE DE CET ARTICLE: LE COMMENTAIRE DE LA REDACTION DE MEDECINE ET ROBOTIQUE

LES MICRO-ROBOTS CIRCULANTS VONT-ILS OUVRIR UNE NOUVELLE PAGE DE L'HISTOIRE DE LA MEDECINE?

 

 

 

Référence:

Multifunctional biohybrid magnetite microrobots for imaging guided therapy

 

 

 

VIdeo de présentation de l'étude (en anglais) sur le site de Science Robotics 

http://www.sciencemag.org/news/2017/11/robot-made-algae-can-swim-through-your-body-thanks-magnets


23/12/2017
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Quand l'intelligence artificielle sert à créer des formes de vie artificielles

C'est devenu banal. Au XXIe siècle, la fiction -tout au moins celle du XXe- est rattrapée par la réalité, toujours plus surprenante. Il y a 2 ans, nous présentions les micro-robots circulants. Des chercheurs américains ont peut être réussi à fabriquer des machines encore plus performantes et plus adaptables au corps humain. En s’aidant de l’intelligence artificielle, ils ont composé des « machines biologiques » à partir de cellules souches. Nous sommes donc, au sens propre, en train de parler de la création d'une vie artificielle. Que l’on se rassure, nous sommes très loin des êtres fantasmagoriques qui échappent au contrôle humain et menacent la civilisation. La machine dont il s’agit est composée de cellules biologiques assemblées. Mais, si elle répond bien à la définition scientifique du vivant, elle n'est rien de plus que cette définition. Inutile donc de verser dans l'imaginaire irrationnel. Les chercheurs envisagent plusieurs utilisations médicales fort intéressantes. Comme les micro-robots, les machines biologiques pourraient servir à transporter des médicaments, à faire de la chirurgie interne -éliminer des plaques d’athérome par exemple-ou encore à faire du repérage de cancers en formation.

Prenons quelques instants pour examiner leur travail. 

 

LE TRAVAIL DES CHERCHEURS EN QUELQUES QUESTIONS

 

Quel peut être l’intérêt des « machines biologiques » par rapport aux machines conventionnelles? 

Les matériaux synthétiques sont plus faciles à travailler et à utiliser pour concevoir des machines. Mais les meilleurs candidats pour fabriquer des matériaux biodégradables et bio-compatibles, ce sont les tissus biologiques eux-mêmes. C'est dans cette idée que les chercheurs ont utilisé des cellules souches. 

 

Bio-compatible. Un matériau est dit bio-compatible quand il interagit peu avec l’organisme. Il peut ainsi être intégré au corps humain sans provoquer de réaction de rejet. 

 

Cellule souche. Il s'agit d'une cellule précurseur de toutes les autres cellules de l'organisme. L'embryon, qui se forme après la fusion des gamètes (le spermatozoïde et l'ovule) contient des cellules souches, qui, après un certain nombre de divisions, se différencient pour donner naissance aux organes du corps. 

Une cellule souche peut donc donner n'importe quel type cellulaire. Cette propriété est très utilisée en médecine dans le traitement d'un nombre varié de maladies. 

 

Quel est le rôle de l’intelligence artificielle?

Les cellules forment le matériau de la machine biologique. Mais, pour obtenir le fonctionnement souhaité (se déplacer, transporter un objet), elles doivent être associées de façon précise. Pour savoir comment faire, les chercheurs ont fait de la simulation informatique.

 

In silico. Ce terme désigne la recherche faite par simulation informatique. Il vient s'ajouter à in vivo (recherche sur le vivant) et in vitro ( recherche en milieu artificiel). Le mot "silico" fait référence au silicium qui compose les circuits des ordinateurs. Les chercheurs ont conçu les machines biologiques "in silico" avant de les transférer "in vivo". 

 

Ce sont des techniques d’intelligence artificielle, plus précisément des algorithmes évolutifs qui ont été utilisées pour la recherche in silico. L'algorithme explorait les différentes possibilités d'associer les cellules. Puis, il simulait leur comportement  pour 4 actions que nous décrirons plus bas: la locomotion, la manipulation d'objet, le transport d'objet, le comportement collectif. Les associations les plus performantes étaient sélectionnées pour les expériences in vivo.

 

 

Comment les chercheurs ont-ils fabriqué la « machine biologique » à partir des cellules? 

Elles ont été fabriquées avec des cellules d’embryons de Xenopus laevis. 

 

Xenopus laevis est un petit amphibien originaire d’Afrique. Il est très utilisé comme modèle par les chercheurs en biologie. 

 

Après avoir été prélevées, les cellules ont été placées dans un milieu biologique à l’intérieur duquel elles se sont ré-agrégées pour former des sphères. La sphère a ensuite été travaillée à l’aide d’instruments de micro-chirurgie pour lui donner la forme souhaitée,c'est-à-dire celle proposée par la simulation informatique.

 

A quoi ressemblent les organismes fabriqués par les chercheurs?

Il ne s'agit pas d'animaux dotés d'un corps avec tête, tronc et membres comme l'est Xenopus. Les "machines biologiques" ont la forme de petites boules irrégulières.

 

Quelles étaient les actions des machines biologiques?

Après avoir été fabriquées selon la méthode résumée ci-dessus, les « machines biologiques » sont placées dans un milieu aqueux où leur comportement est observé et comparé à celui prédit par la simulation informatique. 

 

Les chercheurs ont défini 4 comportements à tester: la locomotion, la manipulation d’objet, le transport d’objet, le comportement collectif. 

 

La locomotion.

Pour donner aux organismes la capacité à se déplacer, les chercheurs ont exploité la propriété contractile naturelle des précurseurs du coeur. Ils en ont introduit un certain nombre en leur au sein. Pour le test de locomotion, ils ont posé les "machines biologiques" sur un plat. Les cellules cardiaques contractiles ont assuré le mouvement des organismes en les poussant contre la surface.

Les trajectoires spontanées observées étaient corrélées à celles prédites par la simulation  informatique.

La manipulation d’objet

Lorsque l’environnement contient des micro-particules, les organismes peuvent les fixer pour nettoyer la zone.  Il est également possible de les diriger vers une région cible à traiter. 

Le transport d’objet

Certains modèles ont été conçu par le logiciel avec un trou au milieu leur permettant de fixer un objet à transporter. 

Le comportement collectif

Des comportements collectifs ont été observés lorsque plusieurs machines étaient placées dans le même environnement. Par exemple, 2 organismes entrent en collision, restent liés temporairement en orbitant l’un autour de l’autre puis se séparent selon des trajectoires tangentielles. Ici aussi, ces comportements ont été prédits par la simulation informatique. 

 

Discussion des auteurs

Il a été possible, avec une technique d'intelligence artificielle, l'algorithme évolutif, de dessiner des modèles de machine qui peuvent ensuite être construits avec des matériaux biologiques plutôt qu’avec des matériaux synthétiques. 

Non seulement les formes mais aussi les comportement peuvent être prédits « in silico ». 

Bien qu’elle n’aient pas de système nerveux, les cellules ont une propension à se regrouper spontanément et à collaborer. Ainsi, on a observé qu’elles se déplaçaient selon une trajectoire prédictible, qu'elles pouvaient nettoyer les déchets de leur  environnement et qu’elles pouvaient se réparer elle-même lorsqu’elles étaient endommagées.

Les chercheurs insistent sur le fait que ce type de comportement spontané ne peut être attendu de machines artificielles. 

Concernant la médecine, les chercheurs pensent que l'on peut envisager la fabrication de « biobot » qui seraient des robots formés des propres cellules d’une personne. 

 

COMMENTAIRE DE LA REDACTION DE MEDECINE ET ROBOTIQUE

Quelle perspective enthousiasmante que le "biobot", tant la médecine personnalisée et non invasive est le défi du siècle ! L'athérosclérose et le cancer sont les 2 plus grands assassins de la planète. Tous les efforts de la recherche médicale tendent vers les thérapeutiques ciblées. Elles ont l'avantage, contrairement aux médicaments conventionnels de n'agir qu'au site de la maladie, d'être plus efficaces et de ne générer que peu d'effets secondaires. 
Les micros robots circulants sont d'excellents candidats pour cette médecine ciblée. Les "biobots" en sont peut-être de meilleurs. En effet, composés des propres cellules d'une personne, ils disposeraient de la bio-compatibilité parfaite.

 

 

Le résultat obtenu par les chercheurs américains est aussi l'occasion de quelques remarques sur la place de l'intelligence artificielle dans la révolution technologique. 
Intelligence artificielle et humaine 

Cette étude nous montre ce qu'est concrètement l'intelligence artificielle. Dans le fond, ce que nous nommons intelligence artificielle est un ensemble d'outils informatiques qui s'auto-programment. Cette propriété leur confère une grande autonomie et démultiplie les possibilités pour les chercheurs. 

Il n'est pas inutile de redire que l'IA n'est pas autonome. La seule véritable intelligence reste bien celle, très humaine, des chercheurs qui ont conçu et conduit cette étude. 

La force du vivant

Les ressources naturelles du patrimoine génétique des organismes vivants sont surprenantes. En effet, si l'algorithme a défini l'agencement des cellules, c'est ensuite l'expression spontanée du patrimoine génétique qui donne les 4 actions décrites par les auteurs. Cette étude nous emmène ainsi au plus profond des fondements du vivant. En dirigeant la croissance cellulaire dans la direction qu'ils avaient déterminées au préalable, les chercheurs ont crée une forme de vie artificielle. Il ne faut cependant pas extrapoler. Elle n'appartient ni au monde végétal, ni au monde animal. Comme l'écrivent les chercheurs, ce sont des machines faites de briques biologiques au lieu de matériaux synthétiques. Pour eux, et c'est leur postulat de départ, le vivant est bien meilleur pour fabriquer les machines de la médecine miniaturisée du futur. 
Quelques remarques sur l'éthique 

C'est ici l'occasion de quelques remarques sur la technologie et l'éthique. La technologie est le Janus du XXIe siècle. Selon l'usage qui en est fait, elle peut donner le meilleur ou le pire. As-t-on créé une forme de vie artificielle qui, demain pourrait s'autonomiser, nous échapper et nous asservir? La simple lecture de l'article scientifique nous montre que ce questionnement n'a aucun sens, aucun lien avec la réalité scientifique.

C'est pourtant bien une question de société fondamentale de savoir ce qu'on fait de l'innovation, dans quel but et selon quelles méthodes. J'observe que, malheureusement, le débat éthique est infondé. Non pas l'éthique elle-même, principe essentiel qui doit nous aider à tirer le meilleur parti de la technologie. Mais comment débattre avec bon sens si on parle sans s'informer vraiment? Comment faire avancer la société si on se contente de répercuter les effets d'annonce ? Si on tient pour acquis des résultats de recherche préliminaires dont on a aucune preuve qu'ils puissent se concrétiser dans la vraie vie? Si on  échaffaude des scenari de science-fiction pour parler d'éthique ensuite? 

Je dirais que l'éthique, c'est, en premier lieu, mettre à disposition du public une information technologique francophone, loyale et objective. D'abord, expliquer et faire comprendre pour former les citoyennes et les citoyens du XXIe siècle. 

 

REFERENCES

Lien vers l'article des chercheurs. En anglais. La figure 3 montre des photographie de la "machine biologique".

https://www.pnas.org/content/pnas/117/4/1853.full.pdf

 

Lien vers la page wikipedia consacrée à Xenopus Laevis où vous pourrez voir une photographie de l'animal sur lequel ont été prélevées les cellules souches

https://fr.wikipedia.org/wiki/Xenopus_laevis

 

Liens vers les articles du blog consacrés aux micro-robots circulants:

MICRO-ROBOTS CIRCULANTS: UN TOURNANT POUR LA MEDECINE? PREMIERE PARTIE 

 

LES MICRO-ROBOTS CIRCULANTS VONT-ILS OUVRIR UNE NOUVELLE PAGE DE L'HISTOIRE DE LA MEDECINE?

 

 

 

 

 


26/02/2020
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Premières interfaces entre cerveau humain et animal : les "rats cyborgs"

A intervalles réguliers, l’interface humain-machine défraie la chronique. Ou, pour employer une expression plus actuelle, elle fait le « buzz ». Les dénominations pour la qualifier sont diverses. On parle volontiers de « contrôle par la pensée » ou de « connection du cerveau humain à la machine ». 

Les scientifiques eux-mêmes ne rechignent pas à user d’images de science fiction pour populariser leurs travaux. Ainsi, l'étude  présentée ci-dessous. « Contrôle humain de rats-cyborgs », tel est le titre de l’article publié dans la revue Nature par une équipe de chercheurs de l’université du Zhejiang à Hangzhou, en Chine. Ils ont réussi un indiscutable exploit scientifique :interposer une interface cerveau-machine entre un rat de laboratoire et un humain pour constituer une interface cerveau-cerveau.

Que l'on se rassure, les « cyborgs » sont encore loins. Mais ce sujet de recherche, au carrefour des neurosciences et de l’informatique, n'en demeure pas moins passionnant et mérite toute notre attention. Ne serait-ce que pour en avoir une vision exacte et couper court aux fantasmes…

 

DESCRIPTION GENERALE ET OBJECTIF DE L'EXPERIENCE SCIENTIFIQUE

L’objectif des chercheurs était de constituer une interface cerveau-cerveau sans fil entre un humain et un rat de laboratoire et de faire contrôler les déplacements du rat  par la volonté humaine.

Il fallait donc fabriquer un montage technologique capable de surmonter la réactivité de l’être vivant qu’est le rat. Ceci a été obtenu par un système en 2 parties qui, reliées entre elles, composent l’interface cerveau-cerveau : une interface cerveau humain/machine et le "rat-cyborg". 

 

Interface cerveau humain-machine

Les chercheurs ont utilisé le casque de la société américaine Emotiv. Cet appareil -par ailleurs accessible au grand public- permet de « piloter des objets connectés par la pensée », un ordinateur par exemple.  Sa technologie est basée sur le recueil de l’électro-encéphalogramme (abrégé par EEG dans le langage médical). L’opérateur imagine une consigne (par exemple: tourner à droite ). Le signal EEG correspondant est capté par le casque puis un traitement informatique le transforme en consigne qui est envoyée à l’objet connecté. 

Dans le protocole de l’expérience, les instructions « aller à droite, aller à gauche », devaient partir du mouvement imaginé par l'opérateur. C’est l’électro-encéphalogramme de cette intention de mouvement qui était ensuite transformé en consigne. Pour «aller en avant », le point de départ était différent puisque c’était l’EEG du clignement de l’oeil qui était utilisé. 

Ces modalités ont été choisies par les concepteurs de l'étude car elles permettaient de résoudre plusieurs problèmes techniques essentiels, dont celui de la rapidité du circuit d'information. Rappelons que le rat est un être vivant autonome qui agit par lui même. Il faut, en quelque sorte, prendre son cerveau de vitesse. 

L’enregistrement EEG était ensuite envoyé à un ordinateur par Bluetooth. Il était alors transformé en stimulation électrique par un traitement informatique, elle-même envoyée au cerveau de rat. 

Toute cette opération a bien entendu nécessité un entraînement de la part de l’opérateur pour que le signal EEG produit soit reconnaissable et exploitable par le programme informatique, sans quoi il n'aurait pu être transformé en stimulation électrique. 

 

Qu'est-ce qu'un électro-encéphalogramme (EEG)? 

Le cerveau produit des ondes électriques qui correspondent à l'activité des cellules qui le composent: les neurones. Ces ondes existent en permanence, que ce soit pendant le sommeil ou en éveil. Il est possible de les enregistrer, c'est l'électro-encéphalogramme. Cet enregistrement est un examen médical courant très utilisé en neurologie et en médecine du sommeil.

Il existe plusieurs façons de le recueillir. La plus répandue est l'EEG dit de surface. Des électrodes sont placées à la surface du crâne. Le signal vient du cerveau et doit traverser la boîte crânienne pour atteindre l'électrode d'enregistrement. C'est cette méthode qui est employée dans le casque Emotiv qui a servi à l'expérience des chercheurs de Hangzhou. 

 

Le rat cyborg

Les chercheurs ont implanté des électrodes dans le cerveau des rats. Leur rôle était de délivrer à l’animal les instructions de mouvement sous forme de stimulations électriques. Celles-ci étaient délivrées par un dispositif bluetooth placé sur le dos du rat. Lui-même recevait le signal envoyé par bluetooth par les opérateurs.

Comme les opérateurs humains, les rats devaient être entrainés et apprendre à faire correspondre le stimulus électrique reçu avec le comportement moteur souhaité par les chercheurs. 

 

Relation entre l'interface humain-machine et le rat-cyborg

C'est un programme informatique spécialement composé par les chercheurs qui établissait le lien entre les 2 parties de l’interface cerveau-cerveau. Il accomplissait 3 actions:

-la première, recueillir les données d’EEG brutes en provenance du casque Emotiv

-la seconde, générer, à partir de ces données brutes, les instructions de mouvement destinées au rat, en se basant sur des modèles établis dans les phases préparatoires de l'étude

-la troisième, envoyer les instructions au capteur bluetooth placé sur le dos du rat

 

Expériences réalisées

2 expériences ont été réalisées.

Dans la première, les rats ont été déplacés dans un labyrinthe en forme d’étoile à 8 branches. L'animal était placé à l’extrémité de l’une des branches. L’expérience consistait à le faire avancer vers le centre de l'étoile et à le faire tourner vers la branche voisine. 

La seconde a consisté à faire évoluer le rat dans un labyrinthe complexe avec escaliers et petits couloirs. 

Toutes ces tâches ont été très bien réussies. Ainsi, le taux de réussite dans le labyrinthe complexe était de 90 % en moyenne. 

 

CONCLUSION DES CHERCHEURS

Les chercheurs concluent que leur étude a montré qu’il était possible de fabriquer un « chemin d’information » entre un cerveau humain et un cerveau de rat. Ils soulignent un résultat essentiel de leur expérience: avoir réussi à contrôler le comportement d’un être vivant doté de conscience et de spontanéité. 

 

 

COMMENTAIRES DE LA REDACTION DE MEDECINE ET ROBOTIQUE

L'association de l'informatique et des neurosciences est l'un des champs les plus prometteurs de la révolution technologique. Les interfaces cerveau-machine sont très attendues en médecine du handicap et des maladies neuro-dégénératives. Elles pourraient aider à restituer des fonctions perdues ou, tout au moins les suppléer efficacement. Il existe déjà, par exemple, des prothèses pilotées "par la pensée". 

 

Mais qu'en est-il de l'interface cerveau-cerveau? Il est très probable que le contrôle de rat "par la pensée" ne trouve jamais d'application pratique. En dehors de la recherche fondamentale, on ne voit pas très bien à quoi cela pourrait servir. Mais cette étude nous apprend beaucoup de choses sur notre évolution technologique actuelle.

Nous avons décrit l'expérience. Le casque ne permet pas un contrôle direct du rat. Pour accéder à un cerveau, il faut implanter à l'intérieur une électrode, procédure qui nécessite une intervention chirurgicale. Il faut ensuite relier cette électrode au casque. Ceci est fait au moyen d'un programme informatique. 

Et c'est précisément dans l'informatique que se situe la véritable innovation. En effet, l'électro-encéphalogramme et la stimulation du cerveau par des électrodes sont de vieilles techniques médicales. Ce n'est pas de ce côté que se produit la rupture. Elle provient des progrès de l'informatique et des moyens de communication sans fil. Nous pouvons maintenant capter un signal EEG, le numériser, c'est-à-dire l'écrire en langage binaire (celui des ordinateurs) et, ainsi, le rendre accessibles aux calculs informatiques pour, en bout de chaîne, le transformer en signal délivré au cerveau de rat.

Tout ceci est devenu possible car les ordinateurs d'aujourd'hui ont acquis une puissance qui leur permet de réaliser des calculs nombreux et complexes en un temps record. En parallèle, les technologies de transmission d'ondes sans fil (wifi, bluetooth) ont progressé au point de les faire voyager à une vitesse qui rattrape celle des influx nerveux. 

Mais le plus surprenant, peut être, est que l'expérience a été faite avec un objet commercialisé, accessible au grand public. Sommes-nous devant les prémices d'une large diffusion dans la société? L'interface cerveau-machine sera-t-elle bientôt aussi naturelle que le smartphone qui semble nous  accompagner depuis toujours alors même qu'il n'existait pas il y a 15 ans? 

 

 

LIENS ET REFERENCES

 

Comment fonctionne le casque Emotiv? Explications en français sur le site LeLabTechno

 

 

Lien vers l'article de Nature que nous avons commenté. En anglais mais vous trouverez un dessin qui vous aidera à comprendre l'expérience

 

 

 

 

Rat guidé dans le labyrinthe. Video réalisée par les chercheurs. 

 

 

 

 

 


24/07/2019
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