MEDECINE ET ROBOTIQUE

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ANESTHESIE


ANESTHESIE ET ROBOTIQUE: C'EST DEJA DEMAIN!

Par Romain Nieuviarts, médecin anesthésiste-réanimateur

 

L’année 2017 a été riche en articles, livres, débats, enquêtes, reportages et tweets sur l’émergence de l’intelligence artificielle et son corollaire: la disparition du travail tel que nous le connaissons encore.
Mais qu’en est-il réellement en ce début d’année 2018? On entend surtout parler de singularité technologique, mais qu’est-ce donc ? Pour faire court, on peut dire que la singularité technologique (ou simplement la singularité) est l'hypothèse que l’augmentation inéluctable de l'intelligence artificielle finira par créer une « explosion d'intelligence » qui dépassera qualitativement de loin l'intelligence humaine. Les humains perdront alors leur libre arbitre, dominés par des machines beaucoup plus intelligentes qu’eux et qui finiraient par se débarrasser de ces humains si inférieurs. La critique la plus simple que l’on puisse formuler à cette théorie, est que, comme le dit Jean-Gabriel Ganascia, quel rapport y a-t-il entre puissance de calcul (les machines nous sont déjà supérieures dans ce domaine) et apparition d’une conscience, que nous n’arrivons déjà pas à expliquer pour notre si faible cerveau ...
Mais si la disparition de la race humaine est une possibilité, elle ne se verra pas de sitôt ! Par contre, la disparition des métiers, elle, pourrait être pour bientôt.
Que vont devenir tous ces chauffeurs de taxis, de bus, de trains, de camions lorsque les véhicules autonomes vont débarquer sur nos routes dans moins de 5 ans ?
Et ce n’est que la première salve de la destruction des emplois de l’ancien monde.
Pour ma part, en temps qu’Anesthésiste-Réanimateur, je constate ces modifications dans mon travail tous les jours.
D’abord, sont apparues les machines qui délivrent les médicaments de l’anesthésie, à la bonne posologie (nous dirons la cible par commodité de langage) fixée par le médecin anesthésiste, grâce à des modèles mathématiques validés in-vivo. Pas de doute, elles sont beaucoup plus intelligentes que moi !
Ensuite, les machines capables de faire la même chose, mais également de modifier la cible en fonction de critères cliniques que les médecins anesthésiste apprenaient à reconnaitre grâce à l’expérience !
Il n’a pas fallut beaucoup de temps pour qu’une entreprise commercialise un « robot anesthésiste » : SEDASYS était né. Certes le bébé n’aura guère vécu, puisque le 10 mars 2016, la 
société ETHICON annonçait la fin de la commercialisation de leur robot anesthésiste dont les débuts remontaient à peine 3 ans. Mais pourquoi cet échec ?

Nous ne reviendrons pas sur le fonctionnement de cette machine, qui a été très bien expliqué lors d’un précédent article sur ce blog. (1)

On peut probablement l’expliquer par son absence de vraie innovation, son absence de rupture avec, justement, l’ancien monde !

En effet, le robot a été cantonné à la sédation des patients bénéficiant d’un examen endoscopique. Or, si la procédure semble simple et rapide, la plupart du temps, nous savons, nous anesthésistes, que c’est la technique d’anesthésie la plus risquée. Celle où le savoir, l’expérience et la rapidité d’action vont être cruciales. Et c’est là que l’on promeut un robot anesthésiste qui n’a presque aucune autonomie dans cette situation ! Cela ressemble à du saut à l’élastique sans élastique ...

Le défaut principal de ce robot est donc de n’avoir pas été suffisamment loin dans l’autonomie, de l’avoir bridé dès le départ. Mais n’en doutons pas, ce n’était qu’un « galop d’essai ». Bientôt arriverons dans les blocs opératoires des robots anesthésistes plus performants et moins cher que nous, pauvres humains, qui nous supplanterons allègrement dans toutes les phases de l’anesthésie. Il nous faudra alors trouver une autre façon de gagner notre vie, ou compter sur le revenu universel. Mais en attendant, il nous faut nous préparer à cet avenir.
Nous devons rapidement appréhender ces nouveaux outils, devenir des moteurs dans le développement de l’intelligence artificielle au service de la santé.
Je vous invite donc à me suivre, tout au long de l’année, pour découvrir ensemble le monde de demain, ou peut-être de déjà aujourd’hui dans ma chronique: ANESTHESIE ET ROBOTIQUE: C’EST DEJA DEMAIN,
Référence:

(1) ECHEC COMMERCIAL POUR SEDASYS, LE ROBOT ANESTHESISTE

 

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INTERFACE HOMME-MACHINE: UNE APPLICATION EN ANESTHESIE?


24/01/2018
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INTERFACE HOMME-MACHINE: UNE APPLICATION EN ANESTHESIE?

La récupération des données de l'électro-encéphalogramme est à la base de l'interface homme-machine. De premières applications apparaissent: contrôle d'ordinateurs ou d'objets connectés "par la pensée". Les dispositifs sont encore au stade de prototype mais ils sont suffisamment avancées pour envisager une commercialisation à brève échéance. 
Une première application pourrait voir le jour en anesthésie et permettre au patient endormi par anesthésie générale de "piloter sa propre anesthésie". 
Le site journal-anesthésie.com nous en explique les principes de fonctionnement. 
 
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25/06/2018
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ECHEC COMMERCIAL POUR SEDASYS, LE ROBOT ANESTHESISTE

 

En 2013, la société Johnson & Johnson obtenait de la Food and Drug Administration (FDA), l'autorisation de mettre sur le marché un "robot anesthésiste" dénommé SEDASYS. Au printemps dernier, à peine trois ans après son lancement, la production et les ventes étaient arrêtées pour échec commercial. Quatre établissements seulement, sur tout le territoire des Etats-Unis, s'en étaient dotés, bien trop peu pour assurer sa viabilité économique. Selon certains observateurs, SEDASYS aurait été victime d'un acte de résistance à la technologie.

 

Le conservatisme du lobby des anesthésistes américains a été mis en cause. Inquiets des risques d'évincement, ils auraient bloqué les acquisitions de SEDASYS. Leur réaction hostile, relayée par la presse américaine, ne fait aucun doute. L'annonce de l'arrêt de la commercialisation a donné lieu à un déferlement de messages de satisfaction de la part des professionnels de l'anesthésie qui y voyaient une preuve de leur prédiction: l'impossibilité de remplacer l'anesthésiste humain (1).

 

 

SEDASYS, premier robot anesthésiste agréé par les autorités de santé américaines

 

Sedasys, résultat de plus de 10 ans de recherche,  serait le premier représentant d'une nouvelle famille de dispositifs médicaux, les  "système de sédation personnalisée assistée par ordinateur", CAPS en anglais, pour Computer Assisted Personnalized Sedation. 

Il s'agit d'une machine capable d'administrer seule un médicament anesthésiant par voie intra-veineuse tout en assurant la surveillance des paramètres vitaux. Elle place la personne anesthésiée en état de sédation minimale ou modérée, avec maintien de la ventilation spontanée. Ce type d'anesthésie est particulièrement difficile: si l'anesthésie est trop profonde, elle provoque un arrêt respiratoire qui nécessite des manœuvres d'urgence, si elle est trop légère, le patient ressent l'acte chirurgical. SEDASYS a une autorisation pour un seul type de geste, les endoscopies digestives réalisées par des médecins gastro-entérologues.

 

Comment fonctionne SEDASYS ?

Dans la pratique usuelle, l'endoscopie digestive est réalisée sous anesthésie générale légère, avec maintien de la ventilation spontanée. Le médicament anesthésiant utilisé est le PROPOFOL.

SEDASYS semble pouvoir accomplir ces fonctions. La machine travaille sans anesthésiste dans la pièce. Son ordinateur interne délivre une perfusion intra-veineuse de PROPOFOL selon un débit adapté aux nécessités de l'acte d'endoscopie et aux caractéristiques du patient. La sécurité anesthésique est assurée par un dispositif de surveillance médicale qui recueille les paramètres vitaux comme la saturation en oxygène, la fréquence cardiaque, la pression artérielle et le gaz carbonique expiré. En cas de problème, elle alerte le médecin et peut prendre des mesures d'urgence telles qu'augmenter la délivrance d'oxygène et interrompre l'anesthésie. Elle ne reprend l'anesthésie qu'après résolution du problème. Le patient porte une oreillette pour le cas où il glisserait dans une anesthésie trop profonde. Le personnel présent dans la pièce utilise cette oreillette pour stimuler verbalement la personne endormie et la réveiller en cas de nécessité.

 

En apparence, SEDASYS peut donc assurer l'intégralité des fonctions de l'anesthésiste puisqu'elle peut endormir et surveiller le patient. Le coût serait de 150 à 200 $ par anesthésie contre 2000 $ pour une anesthésie réalisée par un médecin, soit 10 fois moins cher.

 

Réaction officielle des anesthésistes

La presse américaine relate que les anesthésistes américains, représentés par leur association professionnelle ASA (American Society of Anesthesiologists), ont mené une campagne d'opposition qui leur a permis d'obtenir une limitation d'usage à l'anesthésie pour endoscopies digestives.

Nous disposons d'un texte de l'ASA émanant d'un groupe de travail dédié à SEDASYS qui nous livre la position officielle de l'association(2). L'ASA déclare ne pas agréer le système SEDASYS, mais, sur le fond, ne conteste pas la technologie. Pour l'essentiel, elle demande le respect des règles de sécurité usuelles et recommande le placement de SEDASYS sous la responsabilité des services d'anesthésie.

 

Quelles sont les raisons de l'échec de SEDASYS?

Et si la résistance à la technologie n'était pas la raison principale? Et si SEDASYS avait tout simplement connu un échec commercial comparable à celui des lunettes GOOGLE?

Une analyse approfondie fait apparaître que SEDASYS n'est pas réellement adapté pour l'usage voulu. La machine peut certes endormir un patient et le surveiller mais, en aucun cas, elle n'a la capacité de remplacer totalement l'anesthésiste humain.

En effet, les systèmes d'alarme de SEDASYS ne sont pas autonomes, ils alertent... le médecin.

Reportons nous au "résumé des données de sécurité et d'efficacité " de la FDA qui décrit avec précision le fonctionnement de l'appareil. Parmi les systèmes de sécurité, existent des alarmes décrites ci-après. " Les alarmes rouges déclenchées par des paramètres physiologiques qui n'ont pas de corrélation élevée avec une sédation excessive (par exemple fréquence cardiaque haute ou basse, pression artérielle haute ou basse, gaz carbonique expiré élevé) n'entraînent pas une modification automatique de la délivrance de médicament. Si l'une de ces alarmes survient, le médecin doit évaluer le patient pour décider de la conduite à tenir la plus adaptée c'est à dire si il faut stopper l'anesthésie. "

La présence humaine reste donc indispensable pour assurer la sécurité du patient. Evaluer le patient et décider de la poursuite ou de l'arrêt de l'anesthésie, nous sommes ici exactement dans la description de l'acte d'anesthésie. Dès lors qui le fait si l'anesthésiste est exclu de la salle car remplacé par SEDASYS ? La fonction revient alors à l'opérateur lui même, le gastro-entérologue. Ceci pose un double problème pratique: la gestion du temps opératoire et l'acquisition des compétences nécessaires. En effet, l'opérateur se retrouve dans l'obligation d'accomplir 2 actions en même temps, l'endoscopie digestive et la surveillance anesthésique.  De surcroît, la surveillance anesthésique nécessite une compétence spécifique que le gastro-entérologue ne possède pas et qu'il doit acquérir par une formation spécialisée.

En résumé, en l'absence d'anesthésiste dans la salle d'opération, SEDASYS pose plus de problème qu'il n'en résout!

 

SEDASYS apparaît davantage être un outil d'anesthésie qui devrait être utilisé par les anesthésistes plus qu'un "robot anesthésiste" destiné à les remplacer. Les réactions négatives des anesthésistes américains ont suscité de nombreux commentaires, eux aussi négatifs, sur leur conservatisme. Mais il nous paraît plus approprié de s'interroger sur la communication entourant SEDASYS : présenter comme "robot anesthésiste" un appareil qui ne l'est pas car non autonome, et proposer le remplacement complet de l'anesthésiste par un appareil qui n'est pas capable de le faire. L'équation financière simpliste - coût d'une anesthésie par SEDASYS 10 fois inférieure à celui d'une anesthésie humaine semble s'être heurtée à la réalité du terrain.

SEDASYS n'était peut être pas l'innovation de rupture annoncée. Ici se situe probablement la véritable raison de son échec.

 

 

(1)  https://www.washingtonpost.com/news/the-switch/wp/2016/03/28/its-game-over-for-the-robot-intended-to-replace-anesthesiologists/

 

(2)   http://www.asahq.org/about-asa/newsroom/news-releases/2014/01/sedasys

 

( 3)  http://www.accessdata.fda.gov/cdrh_docs/pdf8/p080009b.pdf

 

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07/08/2018
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